Tests Janoshik publiés par lot · Livraison UE discrète 5–10 jours · 4,80/5 sur 212 avis produits
Accueil/Blog/Usages médicaux des stéroïdes anabolisants : indications, protocoles, cadre légal

Usages médicaux des stéroïdes anabolisants : indications, protocoles, cadre légal

Les stéroïdes anabolisants — et principalement la testostérone elle-même — sont des médicaments de prescription utilisés en France depuis plus de 60 ans dans un ensemble bien défini d'indications médicales : hypogonadisme masculin, retard…

Les stéroïdes anabolisants — et principalement la testostérone elle-même — sont des médicaments de prescription utilisés en France depuis plus de 60 ans dans un ensemble bien défini d'indications médicales : hypogonadisme masculin, retard pubertaire, dysgénésie gonadique, hypogonadisme central, cachexie sévère (VIH, cancer), anémies aplasiques réfractaires, et cas sélectionnés d'ostéoporose masculine. L'existence de ces indications reconnues, avec leurs Autorisations de Mise sur le Marché (AMM) délivrées par l'ANSM et leurs protocoles standardisés, contredit l'image dominante des stéroïdes anabolisants comme uniquement des "produits dopants" — ce sont, primairement, des thérapeutiques hormonales de substitution. Cet article détaille les indications médicales validées, les molécules et posologies utilisées en clinique, la distinction entre usage thérapeutique et détournement pour la performance, et le cadre légal français qui encadre cette dualité — l'importance de l'ordonnance médicale, le statut des différentes molécules, et les conséquences juridiques du détournement.

Rappel : qu'est-ce qu'un "usage médical" des stéroïdes anabolisants ?

Un usage médical d'un stéroïde anabolisant est un usage prescrit par un médecin, dans une indication reconnue par l'AMM (Autorisation de Mise sur le Marché) ou justifiée cliniquement (usage hors-AMM documenté), à des doses thérapeutiques — c'est-à-dire suffisantes pour restaurer une fonction physiologique déficitaire, sans viser une supraphysiologie recherchée pour la performance. Cette définition trace une ligne mécanistique claire entre la thérapeutique et le détournement.

Les doses thérapeutiques standard chez l'adulte se situent typiquement dans l'ordre de grandeur de la production endogène physiologique — 100 à 200 mg de testostérone (énanthate ou cypionate) tous les 10 à 14 jours en équivalent, produisant des taux plasmatiques dans la fourchette haute de la normalité (600–900 ng/dL). Ces doses correspondent à ce que produit un testicule sain d'un homme jeune en bonne santé. Le protocole de TRT (Testosterone Replacement Therapy) — le plus fréquent des usages médicaux — vise précisément cette restauration, pas un supra-physiologique.

À l'opposé, les usages détournés pour la performance sportive ou esthétique utilisent des doses 3 à 15 fois supérieures aux doses thérapeutiques — 500 à 2 000 mg/semaine et plus, avec empilement de plusieurs molécules — dans un objectif d'hypertrophie musculaire supraphysiologique. Cette différence de dose n'est pas anodine : elle change qualitativement le profil bénéfice/risque, l'axe hypothalamo-hypophyso-gonadique (suppression totale et prolongée), et la nature des effets secondaires (cardiovasculaires, hépatiques, psychiatriques).

Il faut aussi distinguer deux catégories médicales :

  • Testostérone et esters de testostérone (Androtardyl énanthate 250 mg, Nebido undécanoate 1 000 mg, Sustanon 250 mg, testostérone gel Androgel/Testogel) : indications multiples, AMM en France

  • Dérivés anabolisants synthétiques (nandrolone, oxandrolone, stanozolol, méthyltestostérone) : indications historiquement plus larges (anémies aplasiques, dénutrition), aujourd'hui restreintes en France — la nandrolone reste disponible (Deca-Durabolin) mais son AMM a été réduite ; l'oxandrolone n'est plus commercialisée sous nom déposé en France (disponibilité limitée en officine par usage compassionnel ou importation individuelle).

Hypogonadisme masculin : l'indication historique et dominante

L'hypogonadisme masculin — insuffisance de production endogène de testostérone par le testicule — est l'indication historique et de très loin la plus fréquente d'un traitement par testostérone en France. Il regroupe deux formes principales : primaire (testicule défaillant, hypogonadisme "hypergonadotrope" — LH/FSH élevés) et secondaire ou central (défaillance de l'axe hypothalamo-hypophysaire, LH/FSH bas ou normaux malgré une testostérone effondrée).

Hypogonadisme primaire

Causes classiques :

  • Syndrome de Klinefelter (47,XXY) — anomalie chromosomique, prévalence ~1/500 à 1/1 000 hommes, souvent diagnostiquée tardivement (infertilité, gynécomastie, testicules petits)

  • Anorchidie congénitale ou acquise (accident, torsion testiculaire bilatérale, orchite bilatérale)

  • Orchite ourlienne bilatérale — les oreillons post-pubertaires peuvent détruire le tissu germinal et endocrinien

  • Chimiothérapie ou radiothérapie — destruction iatrogène

  • Cryptorchidie non traitée — testicules non descendus, avec atrophie progressive

Hypogonadisme secondaire (central)

Causes classiques :

  • Syndrome de Kallmann — hypogonadisme hypogonadotrope congénital avec anosmie

  • Adénome hypophysaire (prolactinome fréquent, autres macroadénomes)

  • Post-chirurgie ou radiothérapie hypophysaire

  • Hémochromatose — surcharge en fer déposée dans l'hypophyse

  • Hypogonadisme fonctionnel — obésité sévère, syndrome métabolique, apnée du sommeil, glucocorticoïdes chroniques, opiacés chroniques (parfois réversible avec traitement de la cause)

Diagnostic : symptômes cliniques (fatigue, baisse de libido, dysfonction érectile, perte de masse musculaire, sarcopénie, dépression) + testostérone totale matinale (à jeun, 8h–10h) inférieure à 300 ng/dL sur deux dosages confirmés + LH/FSH pour distinguer primaire/secondaire + prolactine, TSH, ferritine pour bilan causal. L'hypogonadisme complet nécessite l'exclusion de causes fonctionnelles réversibles (obésité, sommeil, médicaments) avant institution d'un traitement à vie.

Molécules utilisées et protocoles standardisés

  • Testostérone énanthate 250 mg (Androtardyl) — injection IM 250 mg tous les 10 à 14 jours. Selon la fiche Vidal Androtardyl, l'indication AMM est le "traitement substitutif des hypogonadismes masculins, quand le déficit en testostérone a été confirmé cliniquement et biologiquement".

  • Testostérone undécanoate 1 000 mg (Nebido) — injection IM 1 000 mg à J0, J42 (6 semaines), puis toutes les 10 à 14 semaines. Ester ultra-long, taux plasmatiques stables sur plusieurs mois.

  • Testostérone gel 50 mg (Androgel, Testogel, Testavan) — application quotidienne, absorption transdermique, taux stables sans injection. Pratique pour de nombreux patients, mais coût plus élevé et risque de transfert cutané à un tiers.

  • Sustanon 250 — mélange de 4 esters (propionate, phénylpropionate, isocaproate, décanoate), injection IM toutes les 3 semaines.

Objectif thérapeutique : testostérone totale au trough (juste avant l'injection suivante) dans la fourchette 400–700 ng/dL ; symptômes améliorés ; effets secondaires (hématocrite, PSA, œstradiol) sous contrôle. Suivi à 3 mois puis annuel.

Notre article détaillé sur la TRT (Testosterone Replacement Therapy) approfondit ces protocoles et les modalités de suivi.

Retard pubertaire chez l'adolescent

Le retard pubertaire constitutionnel — c'est-à-dire un retard simple du démarrage pubertaire sans anomalie hormonale sous-jacente permanente — peut justifier une cure courte de testostérone à faible dose chez l'adolescent, sous suivi endocrinologique strict. L'objectif est d'induire ou d'amorcer les caractères sexuels secondaires (croissance testiculaire, spermatogenèse, pilosité, mue vocale) à un âge où l'absence de puberté peut avoir des conséquences psychologiques importantes.

Protocole standard chez l'adolescent : testostérone énanthate 50 à 100 mg toutes les 4 semaines pendant 3 à 6 mois, avec réévaluation clinique et biologique. Cette cure "amorce" la puberté sans supprimer l'axe hypothalamo-hypophyso-gonadique naturel (les faibles doses et la courte durée préservent l'axe), et une reprise autonome de la puberté est attendue.

Contre-indications importantes chez l'adolescent : la testostérone accélère la maturation osseuse et peut provoquer une soudure prématurée des cartilages de conjugaison, avec risque de compromettre la taille définitive. C'est pourquoi la prescription pédiatrique reste extrêmement restrictive, avec suivi radiologique de l'âge osseux et arrêt dès que la puberté est autonome.

Cachexie sévère (VIH, cancer, maladies chroniques)

La cachexie — perte de masse musculaire et de poids sévère et involontaire — accompagne les stades avancés du VIH, de nombreux cancers, de l'insuffisance rénale chronique dialysée et des maladies chroniques débilitantes. Les stéroïdes anabolisants, en tant que puissants agents anti-cataboliques, sont utilisés dans ces indications avec des données cliniques établies mais des recommandations parfois nuancées.

Cachexie liée au VIH

Historiquement, avant l'ère des trithérapies antirétrovirales efficaces (années 1990), le "wasting syndrome" du sida était une cause majeure de mortalité. La testostérone et la nandrolone décanoate ont été utilisées avec bénéfice démontré sur la préservation et la reconstitution de la masse maigre chez les patients infectés par le VIH avec cachexie clinique. Les études randomisées des années 1990 (Grinspoon, Bhasin, Strawford) ont montré des gains de masse maigre de 2–4 kg en 12 semaines de testostérone 300 mg/2 semaines.

Depuis l'ère des thérapies antirétrovirales combinées (cART), la cachexie du VIH est devenue rare en pays à hauts revenus, et l'usage des stéroïdes anabolisants dans cette indication a fortement diminué. Ils restent utilisés dans des cas de sarcopénie persistante malgré cART efficace ou de lipoatrophie sévère.

Cachexie liée au cancer

Selon les recommandations de l'ASCO (American Society of Clinical Oncology) publiées en 2020 sur la prise en charge de la cachexie cancéreuse, les données sur l'usage des stéroïdes anabolisants sont limitées et hétérogènes. Les recommandations restent prudentes : bénéfice modeste sur la masse maigre, mais peu de données sur la survie ou la qualité de vie globale. Utilisation possible en soins de support, cas par cas, mais pas de recommandation forte.

Anémies aplasiques et myélofibrose

L'oxymétholone (Anadrol) — un stéroïde 17α-alkylé oral — a été utilisé pendant des décennies dans le traitement des anémies aplasiques sévères (anémie de Fanconi, aplasie médullaire idiopathique) et de la myélofibrose. Le mécanisme repose sur la stimulation de l'érythropoïèse par la voie androgène. Les doses utilisées (1 à 5 mg/kg/jour d'oxymétholone) sont élevées et prolongées, avec un profil de toxicité hépatique important (péliose, adénomes). L'apparition des érythropoïétines recombinantes et des greffes de moelle osseuse a largement supplanté cette indication en pays développés, mais elle reste utilisée dans des cas sélectionnés.

Ostéoporose masculine et santé osseuse

La testostérone joue un rôle important dans la santé osseuse masculine — via une action directe sur les ostéoblastes et via l'aromatisation en œstradiol (l'œstradiol étant le facteur central du maintien de la densité osseuse, y compris chez l'homme). L'hypogonadisme est un facteur de risque majeur d'ostéoporose masculine ; sa correction améliore la densité minérale osseuse (DMO).

L'ostéoporose masculine liée à un hypogonadisme est une indication reconnue de la testostérone substitutive : la DMO s'améliore significativement après 12 à 24 mois de traitement, réduisant le risque fracturaire à long terme. Chez les hommes atteints d'ostéoporose sans hypogonadisme, la testostérone n'est pas une thérapie de première ligne (bisphosphonates, dénosumab restent les traitements de référence).

Dysphorie de genre et transition FtM

La testostérone est le traitement hormonal fondamental de la transition genre F vers M (FtM) — permettant l'induction et le maintien des caractères sexuels secondaires masculins chez les hommes trans. Le protocole standard utilise la testostérone énanthate 250 mg tous les 10–14 jours ou le Nebido (undécanoate) toutes les 10–14 semaines, avec pour objectif d'atteindre des taux physiologiques masculins (400–800 ng/dL).

Effets recherchés et attendus : cessation des règles, mue vocale (irréversible), redistribution graisseuse, pilosité corporelle et faciale, augmentation de la masse musculaire, hypertrophie clitoridienne. Suivi endocrinologique rapproché, en particulier la première année.

Cette indication est reconnue en France dans le cadre du parcours de transition médicalement encadré, avec prise en charge par la Sécurité sociale sous conditions (ALD 31 pour les diagnostics psychiatriques associés, ou hors ALD selon le parcours).

La distinction thérapeutique / performance : dose, durée, contexte

La différence entre un usage médical et un détournement pour la performance n'est pas dans la molécule (les deux utilisent souvent les mêmes esters de testostérone), mais dans la dose, la durée, le contexte de prescription, et l'objectif recherché. Cette distinction est à la fois pharmacologique et juridique.

Paramètre Usage médical (TRT / substitution) Usage détourné (performance) Molécule Testostérone (esters ou gel), rarement nandrolone Testostérone + composés multiples empilés Dose 100–200 mg/semaine équivalent 500–2 000+ mg/semaine, souvent multi-composés Durée À vie (hypogonadisme primaire) ou cure courte (retard pubertaire) Cycles de 8–16 semaines, répétés Objectif taux plasmatique 400–700 ng/dL (fourchette physiologique haute) 2 000–10 000+ ng/dL (supraphysiologique) Suivi biologique Testostérone, œstradiol, hématocrite, PSA, DMO Rarement systématique, hors clinique Cadre légal Prescription médicale, remboursement possible Détournement, illégal hors ordonnance (CSP L.5432-1) Suppression HHG Physiologique (remplace ce qui manque) Complète et prolongée, PCT nécessaire Risques cardiovasculaires Neutre à modérément protecteur (correction du déficit) Augmentés (hématocrite, dyslipidémie, hypertrophie ventriculaire) Risques hépatiques Nuls (testostérone injectable non hépatotoxique) Élevés si oraux 17α-alkylés

Cette table clarifie une confusion fréquente : le pratiquant qui empile 700 mg de testostérone + 400 mg de nandrolone + 30 mg de Dianabol n'est pas en TRT — même si l'un de ses composés (testostérone) est effectivement un médicament AMM. Le seuil qui différencie thérapeutique et performance n'est pas moral : il est quantitatif et pharmacologique.

En France, tous les stéroïdes anabolisants sont classés comme substances vénéneuses de la liste I et ne peuvent être délivrés que sur ordonnance médicale. Leur détention hors ordonnance est un délit pénal (CSP L.5432-1) puni jusqu'à 2 ans d'emprisonnement et 30 000 € d'amende ; leur usage dans le sport organisé relève également du Code du sport (L.232-9 et suivants) avec sanctions disciplinaires par l'AFLD (Agence Française de Lutte contre le Dopage).

Prescription et dispensation

  • Ordonnance sécurisée requise pour la testostérone injectable (Androtardyl, Nebido, Sustanon)

  • Dispensation en pharmacie d'officine

  • Remboursement par la Sécurité sociale possible dans les indications AMM (ALD si applicable — hypogonadisme substitutif, ostéoporose, transition de genre selon parcours)

Détournement — ce que dit la loi

  • Détention sans ordonnance — délit pénal (CSP L.5432-1), 2 ans + 30 000 €

  • Trafic organisé — Code du sport L.232-26, 5 ans + 75 000 €

  • Usage sportif fédéré — sanction disciplinaire AFLD (suspension 4 ans première infraction, à vie si récidive)

  • Achat en ligne / importation — sanctionné selon les circonstances (usage personnel vs revente présumée), avec risque de saisie douanière et transaction ou poursuites

Selon les données Assemblée Nationale (Question N° 6178, 2023), la testostérone et la méthandiénone représentent 50–70 % des saisies douanières de produits dopants — signature d'un marché parallèle massif à côté du circuit officinal. Cette dualité — même molécule, deux circuits (médical légal / détourné illégal) — est une caractéristique spécifique de cette classe pharmacologique. Pour un détail exhaustif du cadre légal, voir notre pillar dopage France : loi, sanctions et procédures.

La zone grise des produits "de recherche"

Les produits vendus comme "for research use only" (SARMs, peptides, certaines molécules vétérinaires) prétendent souvent échapper au régime des médicaments. Cette assertion est juridiquement infondée en France : l'ANSM peut requalifier tout produit ayant une action pharmacologique en médicament par fonction, indépendamment de son étiquetage. Le détenteur d'un colis de nandrolone ou de trenbolone étiqueté "vétérinaire" ou "recherche" reste juridiquement en possession d'une substance vénéneuse liste I hors ordonnance.

Considérations pratiques pour le patient et le prescripteur

Que vous soyez patient candidat à un traitement médical par testostérone, patient déjà en TRT, ou pratiquant s'informant sur les mécanismes, quelques points pratiques structurent la prise en charge.

Avant l'institution d'un traitement (bilan initial)

  • Testostérone totale matinale à jeun, sur deux prélèvements

  • LH, FSH, prolactine (distinction primaire/secondaire)

  • Œstradiol

  • SHBG (globuline liant les hormones sexuelles) — souvent utile pour calculer la testostérone biodisponible

  • NFS, hématocrite

  • Bilan lipidique

  • Bilan hépatique (ALAT, ASAT, GGT, PAL)

  • PSA + toucher rectal si âge > 45 ans ou antécédents familiaux

  • Densitométrie osseuse (DEXA) si indication ostéoporose ou hypogonadisme sévère prolongé

  • Spermogramme si projet parental (la TRT supprime la spermatogenèse — congélation possible avant traitement)

Suivi

Notre protocole de bilan sanguin adapté à un traitement hormonal ou un cycle détaille l'ensemble des marqueurs à suivre, avec les cadences et interprétations. Suivi typique en TRT : à 3 mois, à 6 mois, puis annuel — plus rapproché en cas d'adaptation posologique ou de survenue d'effets secondaires.

Contre-indications absolues

  • Cancer de la prostate connu

  • Cancer du sein masculin

  • Hématocrite > 54 % (majoration du risque thrombotique)

  • Insuffisance cardiaque décompensée sévère

  • Grossesse (chez la partenaire — transfert cutané possible avec les formes gel)

Contre-indications relatives / mise en garde

  • HBP symptomatique sévère

  • Apnée du sommeil non traitée (peut être aggravée)

  • Insuffisance rénale ou hépatique sévère

  • Fertilité désirée non préservée en amont

Cette question mécanistique et clinique s'inscrit dans le cadre général de la pharmacologie des stéroïdes anabolisants, qui couvre les esters, la biodisponibilité, le métabolisme, l'axe HHG, et les effets systémiques.

Foire aux questions (FAQ)

La TRT est-elle un "cycle de stéroïdes" ?

Non — pharmacologiquement et juridiquement, ce sont deux usages distincts de la même molécule. La TRT (Testosterone Replacement Therapy) vise à restaurer un taux physiologique chez un homme carencé, avec des doses (~100–200 mg/semaine équivalent) qui maintiennent la fourchette normale (400–700 ng/dL). Un cycle de performance utilise 500 à 2 000+ mg/semaine pour atteindre des taux supraphysiologiques (2 000–10 000+ ng/dL) et souvent empile plusieurs composés. La différence tient à la dose, la durée, l'objectif et le cadre : la TRT est prescrite, remboursable, suivie ; le cycle de performance est un détournement hors indication.

Peut-on obtenir une TRT en France si on a un taux "bas mais dans la normale" ?

C'est le cas le plus délicat en clinique. Les guidelines internationales (Endocrine Society, EAU) utilisent un seuil de testostérone totale de 300 ng/dL confirmé sur deux prélèvements matinaux comme critère de "déficit" biologique, plus symptômes cliniques. En France, la prescription reste conservatrice : un patient avec taux ~350–450 ng/dL et symptômes modérés peut avoir des difficultés à obtenir une TRT dans le circuit conventionnel, ce qui explique en partie le développement du recours à l'auto-substitution non médicalisée — pratique juridiquement à risque et sans suivi biologique adapté.

Les indications médicales de la nandrolone (Deca-Durabolin) existent-elles encore ?

Le décanoate de nandrolone (Deca-Durabolin) a été utilisé historiquement pour l'ostéoporose masculine et la cachexie chronique. En France, son statut a évolué : l'AMM subsiste mais la commercialisation et les indications sont fortement réduites. Il n'est plus une thérapie de première ligne pour aucune indication majeure — les autres esters de testostérone et les thérapies ciblées (bisphosphonates pour l'os, érythropoïétine pour l'anémie) l'ont largement supplanté. Il reste utilisé ponctuellement dans certaines indications de niche.

La testostérone gel est-elle plus sûre que les injections ?

Ni plus sûre ni moins sûre — profil différent. Le gel offre des taux plasmatiques stables sans injection, permet une adaptation quotidienne fine, et évite les pics/creux des injections. Ses inconvénients : coût plus élevé, risque de transfert cutané à un tiers (femme, enfant — attention majeure), absorption variable selon les conditions cutanées (sudation, savon). Les injections offrent des taux généralement plus prévisibles mais avec des pics post-injection élevés (surtout avec les esters courts). Le choix se fait selon le profil du patient et sa préférence.

Peut-on faire une TRT sans supprimer la fertilité ?

Toute administration de testostérone exogène supprime, en durée et en intensité variables, la production endogène de LH/FSH et donc la spermatogenèse. Chez un homme désirant préserver sa fertilité, plusieurs options : (1) traitement par HCG (gonadotropine chorionique) seul, qui stimule directement la production testiculaire endogène de testostérone tout en préservant la spermatogenèse — mais l'effet substitutif est parfois insuffisant ; (2) combinaison testostérone + HCG à faible dose pour préserver le volume testiculaire et la spermatogenèse ; (3) clomifène ou enclomifène — SERM stimulant l'axe HHG endogène. Ces stratégies existent mais nécessitent un endocrinologue formé.

Que penser de la testostérone chez l'homme âgé avec taux physiologiquement bas ?

Question débattue. Les taux de testostérone diminuent physiologiquement d'environ 1 % par an après 30 ans, ce qui produit chez certains hommes âgés des taux "bas" mais correspondant à leur physiologie. L'étude TRAVERSE (2023, 5 246 hommes) a montré que la testostérone chez des hommes âgés avec hypogonadisme confirmé n'augmente pas le risque cardiovasculaire majeur à 3 ans, contrairement à ce que d'anciennes analyses suggéraient. Mais le bénéfice clinique global (mortalité, qualité de vie) reste modéré. La décision de traiter reste individualisée, basée sur les symptômes, les taux confirmés, et le rapport bénéfice/risque discuté avec le patient.

Les stéroïdes anabolisants sont-ils utilisés en médecine du sport pour la récupération ?

Non — pas en médecine du sport encadrée en France. Toute utilisation à des fins de performance ou de récupération sportive constitue un dopage au sens du Code du sport, avec sanctions disciplinaires par l'AFLD pour les sportifs licenciés (suspension 4 ans première infraction). L'usage en récupération post-blessure ou post-chirurgie reste très restreint et ne peut se faire que dans un cadre médical strict, hors compétition, avec justification thérapeutique documentée (hypogonadisme secondaire post-traumatique par exemple).

Sources et références

  • MSD Manual — Version pour professionnels de santé. Stéroïdes anabolisants androgènes. Endocrinologie de la reproduction masculine. Référence clinique francophone. MSD Manuals FR

  • Vidal — Androtardyl 250 mg/1 ml solution injectable IM. Fiche AMM de référence en France pour la testostérone énanthate. Vidal

  • Bhasin S, Brito JP, Cunningham GR, et al. Testosterone Therapy in Men With Hypogonadism: An Endocrine Society Clinical Practice Guideline. J Clin Endocrinol Metab, 2018 ; 103(5) : 1715–1744. Recommandations de référence internationale.

  • Recommandations SFE/AIUS/SFMS 2021 — Burté C, et al. Prise en charge du déficit en testostérone. Société Française d'Endocrinologie, Association Interdisciplinaire pour l'Étude de la Sexualité, Société Française de Médecine du Sport.

  • Lincoff AM, Bhasin S, Flevaris P, et al. Cardiovascular Safety of Testosterone-Replacement Therapy. New England Journal of Medicine, 2023 ; 389 : 107–117. Étude TRAVERSE — sécurité cardiovasculaire de la TRT.

  • Roeland EJ, Bohlke K, Baracos VE, et al. Management of Cancer Cachexia: ASCO Guideline. J Clin Oncol, 2020 ; 38(21) : 2438–2453. Recommandations sur cachexie cancéreuse.

  • Grinspoon S, Corcoran C, Askari H, et al. Effects of androgen administration in men with the AIDS wasting syndrome. Annals of Internal Medicine, 1998 ; 129(1) : 18–26. Étude fondatrice cachexie VIH.

  • Kicman AT. Pharmacology of anabolic steroids. British Journal of Pharmacology, 2008 ; 154(3) : 502–521. Revue de référence pharmacologique. PMC 2439524

  • AFLD (Agence Française de Lutte contre le Dopage) — Cadre réglementaire, liste des substances interdites, procédures disciplinaires. afld.fr

  • Code du Sport (Legifrance) — Articles L.232-9 et L.232-26 (dopage sportif), CSP L.5432-1 (substances vénéneuses hors ordonnance).


Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical. Les stéroïdes anabolisants sont des médicaments de prescription en France (liste I). Leur usage doit être encadré par un médecin qualifié — endocrinologue, andrologue ou médecin du sport. L'auto-substitution ou l'usage à des fins de performance sportive constitue un détournement, avec des conséquences juridiques (CSP L.5432-1, Code du sport L.232-9/26) et sanitaires potentielles. Pour les considérations médicales générales, voir notre avis de non-responsabilité médicale complet. Les auteurs déclinent toute responsabilité pour les dommages à la santé résultant d'une utilisation inappropriée.