Tests Janoshik publiés par lot · Livraison UE discrète 5–10 jours · 4,80/5 sur 212 avis produits
Accueil/Blog/Stéroïdes designer : histoire, détection et statut légal

Stéroïdes designer : histoire, détection et statut légal

Un "stéroïde designer" est un stéroïde anabolisant androgène (AAS) synthétisé spécifiquement pour échapper aux méthodes de dépistage antidopage — obtenu par modification chimique volontaire d'une molécule existante afin de préserver…

Un "stéroïde designer" est un stéroïde anabolisant androgène (AAS) synthétisé spécifiquement pour échapper aux méthodes de dépistage antidopage — obtenu par modification chimique volontaire d'une molécule existante afin de préserver l'effet anabolisant tout en évitant les signatures que les laboratoires cherchent. Cette catégorie particulière est apparue dans les années 1990 et a explosé au début des années 2000, culminant avec l'affaire BALCO et la découverte de la tétrahydrogestrinone (THG, "The Clear") en 2003 — un moment charnière de l'antidopage moderne. Elle a impliqué certains des athlètes les plus célèbres de l'époque (Marion Jones, Tim Montgomery, Barry Bonds, Justin Gatlin) et a démontré l'existence d'une industrie clandestine de conception de molécules dopantes sur-mesure. Aujourd'hui, la course entre conception clandestine et méthodes analytiques continue — les SARMs, les prohormones et les modifications "de recherche" jouent en partie le rôle qu'avaient les designer steroids classiques. Cet article détaille l'histoire (norbolethone, THG, DMT/Madol), les méthodes de détection modernes (GC-MS, LC-MS/MS, IRMS), le statut de leurs successeurs contemporains, et l'analyse du cadre légal français qui les couvre par une clause générique large ("stéroïde ayant une structure ou une activité pharmacologique similaire").

Qu'est-ce qu'un stéroïde designer ?

Un stéroïde designer est une molécule stéroïdienne anabolisante conçue spécifiquement pour échapper aux tests antidopage standards, en modifiant une molécule connue par des transformations chimiques (hydrogénation, méthylation, substitution) qui préservent — voire améliorent — l'activité biologique tout en changeant les caractéristiques analytiques (masse moléculaire, fragmentation MS, temps de rétention chromatographique) exploitées par les laboratoires. Contrairement aux stéroïdes classiques (testostérone, nandrolone, Dianabol, Anavar) qui sont issus de la pharmacie médicale ou vétérinaire réglementée, les designer steroids sont produits en clandestinité dans des laboratoires non déclarés, souvent en petite série, spécifiquement pour un usage dopant.

Cette catégorie se distingue par trois caractéristiques :

  1. Absence d'usage médical — jamais destinés à un développement clinique, pas d'AMM dans aucun pays, pas d'études précliniques publiées avant leur "sortie" dopante

  2. Absence de données de sécurité — les athlètes qui les utilisent sont, littéralement, les premiers sujets exposés, sans jamais avoir bénéficié d'études précliniques ou cliniques. Le rapport bénéfice/risque est totalement inconnu au moment de l'usage.

  3. Conception intentionnelle pour évasion analytique — la modification chimique n'a pas d'objectif pharmacologique légitime ; elle vise uniquement à ne pas apparaître sur les chromatogrammes des laboratoires WADA

Le concept est fondamentalement différent du simple "achat sur le marché noir" d'un stéroïde connu (nandrolone, testostérone, trenbolone) — ceux-ci sont détectables et donnent lieu à des sanctions régulières. Un vrai designer steroid est invisible pour le laboratoire, jusqu'au jour où sa structure est identifiée et qu'une méthode analytique dédiée est développée.

Pourquoi ils existent : la course à l'échappement

L'apparition des designer steroids est le résultat direct de l'efficacité croissante des tests antidopage — c'est une réaction adaptative de l'écosystème dopant. Dans les années 1970-1980, les tests étaient rudimentaires : les athlètes utilisaient massivement des AAS pharmaceutiques classiques (Deca-Durabolin, testostérone, Dianabol) sans grand risque de détection. À mesure que les méthodes analytiques (GC-MS d'abord, puis LC-MS/MS) sont devenues plus sensibles et spécifiques, la fenêtre d'usage détectable s'est raccourcie — obligeant les utilisateurs sérieux à trouver des molécules non listées.

Deux stratégies coexistent depuis :

Stratégie 1 : usage de molécules connues avec fenêtre de détection courte. Utiliser des esters courts (testostérone propionate, trenbolone acétate, Anavar oral à demi-vie courte) permet un washout rapide avant le contrôle — moins de risque de détection sur un contrôle programmé, mais toujours vulnérable aux contrôles inopinés (hors compétition, "no-notice").

Stratégie 2 : usage de molécules non listées / non détectables. C'est là que naissent les designer steroids — molécules dont la structure n'apparaît dans aucune bibliothèque MS des laboratoires WADA, qui ne déclenchent aucun signal au criblage standard, et pour lesquelles aucune méthode analytique spécifique n'existe encore.

Cette seconde stratégie repose sur un pari : celui que la molécule ne sera jamais identifiée. Pari qui a été perdu à plusieurs reprises depuis 2002, avec des conséquences dramatiques pour les athlètes concernés — la conservation des échantillons d'urine pendant 10 ans par la WADA permet des réanalyses rétrospectives dès qu'une méthode nouvelle est disponible.

Norbolethone : le premier designer steroid identifié (2002)

La norbolethone est le premier stéroïde designer clairement identifié dans une urine d'athlète, par le laboratoire UCLA du Dr Don Catlin en 2002. C'était une molécule initialement synthétisée par Wyeth dans les années 1960 comme candidat médicament (jamais commercialisée en raison de sa toxicité), oubliée pendant 40 ans, puis re-synthétisée clandestinement pour usage dopant.

Structuralement, la norbolethone est un dérivé 13-éthyle de la 19-nortestostérone (nandrolone) — une modification qui augmente l'activité anabolisante et modifie légèrement le profil de fragmentation MS. Son identification par le Dr Catlin, à partir d'un échantillon suspect prélevé chez une cycliste américaine (Tammy Thomas), a marqué la première fois qu'une molécule n'ayant jamais été commercialisée était identifiée comme substance dopante dans une compétition officielle.

Cet épisode a établi trois choses :

  • Un marché clandestin de conception de designer steroids existait effectivement (jusque-là, c'était une hypothèse)

  • Les laboratoires antidopage étaient capables d'identifier des molécules inconnues, à condition d'y consacrer les ressources

  • La conservation d'échantillons pour analyses ultérieures avait un intérêt stratégique majeur

Norbolethone est ensuite entrée sur la liste WADA. Tammy Thomas a été suspendue à vie en 2002. Elle est devenue le premier cas emblématique de sanction pour usage de designer steroid.

THG "The Clear" : l'affaire BALCO (2003)

L'affaire BALCO (Bay Area Laboratory Co-operative) est l'événement fondateur de l'antidopage moderne. Elle a révélé l'existence d'un système organisé de fourniture de stéroïdes designer à des athlètes olympiques et professionnels de haut niveau, orchestré par Victor Conte à travers son laboratoire BALCO à Burlingame, Californie. La molécule centrale, la tétrahydrogestrinone (THG), surnommée "The Clear", a été identifiée en juin 2003.

Origine et découverte

Selon la chronologie établie par BSCG, en juin 2003, un entraîneur américain, Trevor Graham (entraîneur de plusieurs sprinters mêlés à l'affaire), a envoyé anonymement une seringue usagée contenant un liquide non identifié à l'USADA (United States Anti-Doping Agency), avec le message que cette substance était utilisée par des athlètes de haut niveau et échappait aux contrôles. L'USADA a transmis l'échantillon au Dr Don Catlin au laboratoire olympique de UCLA. Catlin et son équipe ont identifié la molécule par LC-MS/MS (Liquid Chromatography-tandem Mass Spectrometry) et déterminé sa structure — un dérivé tétrahydrogéné de la gestrinone (un progestatif anti-œstrogène utilisé en gynécologie).

Structure chimique : la THG est le 18a-homo-pregna-4,9,11-triene-17β-ol-3-one — dérivée de la gestrinone par simple hydrogénation. Modification chimique triviale, mais suffisante pour changer complètement la signature MS et échapper aux méthodes existantes.

Propriétés pharmacologiques : selon Death et al. (J Clin Endocrinol Metab 2004), la THG est un puissant androgène et progestatif, avec une affinité élevée aux récepteurs androgènes et progestatifs. Non aromatisable. Effet anabolisant élevé, effets secondaires prévisibles combinant androgène et progestatif (rétention hydrique, effets sur libido, potentiellement gynécomastie via activité progestative résiduelle).

Développement de la méthode et rétrocontrôle

Une fois la structure identifiée, une méthode analytique spécifique par LC-MS/MS a été rapidement développée. Les échantillons stockés de 2003 (Championnats du monde d'athlétisme à Paris, championnats de sports collectifs, etc.) ont été re-analysés — les résultats ont été catastrophiques pour de nombreuses stars. La méthode a été validée à temps pour les Jeux Olympiques d'Athènes 2004.

Conséquences

L'enquête criminelle américaine (opération BALCO 2003-2005) a mis en lumière un réseau étendu :

  • Victor Conte (fondateur BALCO) : condamné à 4 mois de prison

  • Marion Jones : championne olympique cinq médailles Sydney 2000 — a plaidé coupable d'avoir menti aux enquêteurs, dépouillée de ses médailles, condamnée à 6 mois de prison

  • Tim Montgomery : ex-recordman du monde 100 m — suspendu 2 ans, records annulés, condamné pour blanchiment

  • Justin Gatlin, Kelli White, Regina Jacobs, Chryste Gaines — sprints/athlétisme, suspensions

  • Barry Bonds (baseball, MLB) : mis en accusation en 2007, procès en 2011, condamné pour outrage à la justice

  • Bill Romanowski (NFL), plusieurs joueurs de baseball et football — implication documentée

L'affaire BALCO a durablement changé l'antidopage : (1) augmentation massive des budgets de recherche analytique, (2) systématisation des banques d'échantillons pour réanalyses rétrospectives, (3) coopération judiciaire/antidopage renforcée, (4) prise de conscience publique de l'ampleur du dopage professionnel.

Autres designer steroids identifiés depuis

Après la découverte de la THG, plusieurs autres designer steroids ont été identifiés dans les années suivantes — attestant que BALCO n'était pas un cas isolé mais l'un des tentacules d'une industrie plus large.

DMT (Madol) — Desoxymethyltestosterone

Identifiée en 2004 par le même laboratoire UCLA (Catlin). Molécule initialement synthétisée par Ciba-Geigy dans les années 1960 sous le nom CIBA 36,644-Ba (référence dans Desaulles & Schärr 1967), jamais commercialisée. Comme la norbolethone, ré-émergence 40 ans plus tard sur le marché dopant clandestin. Ajoutée à la liste WADA. Structuralement un désoxy-méthyltestostérone à squelette 5α-réduit, très puissante et hépatotoxique.

Estra-4,9-dien-3β,17β-diol et divers dérivés estradiene

Multiples identifications dans les années 2005-2010 — dérivés de la nandrolone/gestrinone avec modifications diverses, souvent commercialisés comme "prohormones" en compléments alimentaires (voir section suivante) avant leur inscription sur la liste WADA.

Metribolone (R1881) — cas historique

Ancien produit pharmaceutique testé sans commercialisation (années 1960), redécouvert sur le marché dopant comme "research chemical" dans les années 2000. Très puissant, hépatotoxique majeur, activité androgène pure. Inscrit sur la liste WADA. Illustre la voie "recyclage" de molécules pharmaceutiques abandonnées.

Cas plus récents (2010-2020)

Multiples identifications ponctuelles de dérivés de la boldenone, du méthyl-1-testostérone, d'esters non conventionnels de trenbolone. Le rythme d'apparition de nouveaux designer AAS a ralenti dans les années 2010 — remplacé, comme catégorie fonctionnelle, par les SARMs et les prohormones (voir sections suivantes).

Méthodes de détection modernes

Trois techniques analytiques principales structurent la détection des stéroïdes anabolisants — designer ou non — dans les laboratoires antidopage accrédités WADA.

GC-MS (Gas Chromatography – Mass Spectrometry)

Technique historique, encore utilisée. Sépare les molécules par volatilité (chromatographie en phase gazeuse), puis les identifie par fragmentation en spectrométrie de masse. Sensibilité limitée pour les molécules non-volatiles ou thermiquement instables — nombre de stéroïdes nécessitent une dérivatisation préalable (silylation TMS). Bien adaptée aux stéroïdes classiques, moins performante pour les modifications complexes des designer steroids.

LC-MS/MS (Liquid Chromatography – tandem Mass Spectrometry)

Technique dominante en 2026. Sépare les molécules par chromatographie en phase liquide (compatible avec les molécules polaires et thermiquement fragiles), puis les identifie par deux étapes de fragmentation MS successives (tandem). Sensibilité extrême (picomole/mL), spécificité élevée (identification par fragmentation caractéristique), possibilité de scanner des centaines de molécules cibles en une seule analyse. C'est la LC-MS/MS qui a permis l'identification de la THG en 2003. Aujourd'hui, elle constitue la méthode de première ligne dans tous les laboratoires accrédités WADA.

IRMS (Isotope Ratio Mass Spectrometry)

Technique complémentaire ciblant un problème spécifique : la distinction entre testostérone endogène (produite par le corps) et testostérone exogène (injectée). Les deux ont exactement la même structure chimique — impossible de les distinguer par GC-MS ou LC-MS/MS conventionnelles. L'IRMS mesure le ratio des isotopes stables du carbone (¹³C/¹²C) — la testostérone endogène a un ratio caractéristique, la testostérone synthétique produite à partir de précurseurs végétaux (soja, patate douce) a un ratio ¹³C/¹²C significativement différent (l'IRMS détecte des ratios anormaux). Cette technique a été centrale pour identifier des cas de dopage à la testostérone chez des athlètes présentant un rapport testostérone/épitestostérone augmenté sans autre anomalie apparente.

Passeport biologique de l'athlète (ABP – Athlete Biological Passport)

Approche moderne complémentaire — non pas la détection d'une substance, mais la détection d'anomalies longitudinales dans les marqueurs biologiques (hématocrite, hémoglobine, testostérone, LH, épitestostérone). Un profil individuel de référence est établi pour chaque athlète, et les écarts brutaux au profil déclenchent une investigation. Cet outil est particulièrement puissant contre le dopage sanguin (EPO, transfusions) mais complète également la détection des AAS.

Rétention et réanalyse des échantillons

Les échantillons d'urine et de sang prélevés lors des contrôles antidopage sont conservés jusqu'à 10 ans (règle WADA). Cette rétention permet des réanalyses rétrospectives dès qu'une méthode nouvelle est disponible — c'est ainsi que de nombreux cas positifs pour la THG ont été confirmés a posteriori sur des échantillons de 2003. C'est également la raison pour laquelle un athlète utilisant un designer steroid "invisible" aujourd'hui peut être exposé à une sanction rétroactive plusieurs années plus tard.

Prohormones et compléments alimentaires "gris"

Parallèlement aux designer steroids stricto sensu (conçus pour un usage dopant clandestin), une catégorie proche s'est développée dans les années 2000-2010 : les prohormones vendues comme compléments alimentaires légaux aux États-Unis avant leur inscription progressive sur les listes de substances contrôlées.

Le contexte américain (2000-2014)

Le Dietary Supplement Health and Education Act (DSHEA) de 1994 aux États-Unis avait créé un cadre réglementaire permissif pour les compléments alimentaires — non soumis à AMM, la FDA ne pouvait interdire une substance qu'en démontrant activement son danger. Les fabricants ont exploité cette faille : dès 1996-2000, ils ont commercialisé légalement des prohormones — précurseurs métaboliques directs des AAS, souvent identiques ou quasi-identiques dans leurs effets biologiques.

Exemples emblématiques :

  • Androstènedione (Andro) — précurseur direct de la testostérone (une simple oxydation enzymatique). Utilisée notoirement par Mark McGwire dans son année record 1998. Interdite par la FDA en 2004.

  • 1-androstenediol, 4-androstenediol, 19-nor-androstenediol — précurseurs de dérivés stéroïdiens divers

  • 1-testosterone, méthyl-1-testosterone (Superdrol) — analogues méthylés de la testostérone

  • DHEA — précurseur endogène, seul survivant en OTC aux États-Unis (interdit en France sans ordonnance)

La législation américaine évolutive

  • Anabolic Steroid Control Act de 1990 : contrôlait les AAS classiques (Schedule III)

  • Anabolic Steroid Control Act de 2004 : élargissement à l'androstènedione et à divers prohormones

  • Designer Anabolic Steroid Control Act de 2014 : loi majeure fermant l'essentiel des failles — permet à la DEA d'ajouter rapidement en Schedule III toute molécule à activité anabolisante identifiée, sans nécessité de démonstration cas par cas

La situation française

En France, ces prohormones n'ont jamais bénéficié d'un statut "complément alimentaire" — elles ont toujours été traitées comme substances vénéneuses (liste I ou II) au titre du Code de la santé publique, dès leur identification. Il n'y a pas eu, contrairement aux USA, de fenêtre légale d'achat en boutique de nutrition sportive. L'importation depuis les USA reste sanctionnée sous CSP L.5432-1 (détention hors ordonnance).

SARMs comme successeurs fonctionnels

Depuis 2010-2015, la catégorie qui joue fonctionnellement le rôle des designer steroids classiques est celle des SARMs — Selective Androgen Receptor Modulators. Ces molécules ne sont pas des stéroïdes (structure non-stéroïdienne) mais ont des effets biologiques comparables (activation du récepteur aux androgènes avec certaine sélectivité tissulaire).

Les SARMs typiques (ostarine/MK-2866, ligandrol/LGD-4033, RAD-140, YK-11) partagent plusieurs caractéristiques avec les designer steroids classiques :

  • Absence d'AMM dans quasiment tous les pays du monde

  • Développement clinique arrêté (généralement en phase II)

  • Sécurité long terme inconnue — les données humaines sont fragmentaires

  • Vendus comme "research chemicals" dans un circuit gris analogue

  • Détectés par LC-MS/MS moderne — méthodes développées activement par les laboratoires WADA

  • Interdits par la WADA — catégorie S1.2 spécifique (SARMs) explicite depuis 2008

La différence essentielle : les SARMs ne sont pas des stéroïdes chimiquement, ce qui aurait pu, historiquement, poser un problème de couverture réglementaire par la clause générique "AAS et molécules similaires". La WADA a résolu ce problème en créant une catégorie S1.2 explicite dédiée aux SARMs et modulateurs de récepteurs androgènes — ils sont désormais explicitement interdits sans ambiguïté. Notre article sur les SARMs (guide complet) approfondit cette catégorie en détail.

Sur le fond, les SARMs constituent la version 2020s du phénomène designer : une catégorie de molécules à effets AAS-like, développées en dehors du circuit pharmaceutique conventionnel, à statut réglementaire flou, utilisée en amont de l'inscription antidopage définitive.

En France, le statut des designer steroids est simple : ils tombent tous sous le régime commun des stéroïdes anabolisants — substances vénéneuses de la liste I au titre du Code de la santé publique, et substances interdites au titre du Code du sport. Il n'y a pas de vide juridique spécifique aux designer steroids.

Régime pharmaceutique (Code de la santé publique)

Toute molécule à activité anabolisante — connue ou "designer" — est réputée médicament par fonction dès qu'elle est utilisée pour ses effets pharmacologiques. L'ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament) peut requalifier n'importe quelle substance en médicament sur cette base. Résultat : détention hors ordonnance = délit CSP L.5432-1 (2 ans + 30 000 €), quel que soit le nom, le statut prétendu ou l'étiquetage.

Régime sportif (Code du sport)

L'article L.232-9 du Code du sport interdit l'usage de substances figurant sur la liste des interdictions publiée annuellement par arrêté ministériel. Cette liste transpose la liste WADA. La catégorie S1 (Anabolic Agents) comprend :

S1.1a — Anabolic Androgenic Steroids (AAS) : liste explicite de dizaines de composés (testostérone, nandrolone, trenbolone, Dianabol, Anavar, etc.) suivie de la clause générique "et autres substances ayant une structure chimique similaire ou un/des effets biologiques similaires" — cette clause est la couverture juridique universelle contre les designer steroids. Une molécule inconnue mais démontrable comme AAS par sa structure ou son activité tombe automatiquement sous S1.1a.

S1.1b — Other Anabolic Agents : clenbutérol, SARMs (Ostarine, LGD-4033, RAD-140, etc.), tibolone, zeranol.

Sanctions AFLD (Agence Française de Lutte contre le Dopage) pour usage de S1 :

  • Première violation : suspension 4 ans, annulation des résultats et médailles

  • Récidive : jusqu'à 8 ans ou suspension à vie

  • Trafic organisé (Code du sport L.232-26) : 5 ans de prison + 75 000 € d'amende

Pour le détail exhaustif du régime français, voir notre pillar sur le cadre légal du dopage en France.

La question spécifique des designer steroids "inconnus"

Un athlète contrôlé pour une molécule non identifiable au moment du test peut être :

  1. Blanchi dans l'immédiat (la molécule n'apparaît sur aucun profil connu)

  2. Rattrapé rétroactivement si la molécule est identifiée et une méthode développée dans les 10 ans suivant le prélèvement (durée de conservation des échantillons)

Cette rétroactivité est essentielle : elle transforme l'usage d'un designer steroid "invisible" en pari à haut risque — le prix payé si la méthode est développée peut être une déchéance rétroactive de titres et médailles longtemps après la fin de carrière.

Foire aux questions (FAQ)

La THG est-elle toujours utilisée aujourd'hui ?

Non — depuis 2003 et le développement d'une méthode LC-MS/MS spécifique, la THG est parfaitement détectable et son usage exposerait à une sanction immédiate. Elle est explicitement inscrite sur la liste WADA S1.1a. Aucun athlète sérieux ne l'utiliserait aujourd'hui. Elle reste un cas historique emblématique — la démonstration que la course entre concepteurs et laboratoires est perdue à moyen terme par les concepteurs, dès que l'attention analytique est mobilisée.

Existe-t-il des designer steroids indétectables aujourd'hui ?

C'est une hypothèse permanente — mais par définition, ceux qui sont "réellement indétectables" ne sont pas connus. Ce qu'on peut affirmer : (1) les méthodes modernes LC-MS/MS et l'ABP rendent la conception d'un designer steroid vraiment "invisible" beaucoup plus difficile qu'en 2003, (2) la rétention 10 ans des échantillons rend le pari statistiquement mauvais à long terme, (3) le focus s'est déplacé vers les SARMs et les peptides comme catégories de contournement plus praticables. Il n'y a probablement pas de laboratoire "BALCO 2.0" opérant à grande échelle aujourd'hui — les motivations économiques et le risque légal sont devenus dissuasifs après la condamnation de Victor Conte.

Que sont devenus les athlètes de l'affaire BALCO ?

Marion Jones a purgé 6 mois de prison en 2008, a perdu ses 5 médailles olympiques de Sydney 2000, ses records annulés, disqualifiée à vie du sport professionnel. Tim Montgomery a été suspendu 2 ans, ses records annulés, et purgé une peine pour blanchiment et trafic d'héroïne (affaires connexes). Justin Gatlin est revenu à la compétition après suspension et a gagné à nouveau des titres majeurs — c'est le seul à avoir eu une seconde carrière significative. Barry Bonds n'a jamais formellement testé positif pendant sa carrière mais a été mis en accusation pour parjure et outrage à la justice ; jamais élu au Hall of Fame de la MLB en dépit d'une carrière historique.

Le clenbutérol est-il un designer steroid ?

Non — le clenbutérol est un bêta-2 agoniste sympathomimétique, à structure et mécanisme totalement différents des AAS (il n'active pas le récepteur aux androgènes, il stimule le récepteur β2-adrénergique avec effet anti-catabolique). C'est un médicament vétérinaire (bronchodilatateur pour chevaux) et humain (dans certains pays) — donc pas un designer steroid. Il est cependant explicitement interdit par la WADA (catégorie S1.1b Other Anabolic Agents et S3 Beta-2 Agonists) et fréquemment détourné pour la performance. Historiquement, plusieurs "affaires clenbutérol" ont concerné notamment des cyclistes (Alberto Contador 2010) — mais il ne relève pas du concept de designer steroid.

Peut-on acheter légalement des prohormones en France ?

Non. Contrairement aux États-Unis avant 2014, il n'y a pas eu en France de fenêtre de commercialisation légale de prohormones en compléments alimentaires. Toute substance à activité anabolisante — androstènedione, 1-testostérone, 1-androstenediol, DHEA (sauf usage médical spécialisé) — est traitée comme substance vénéneuse de liste I, requérant ordonnance médicale. L'importation de prohormones américaines pour usage personnel constitue un détournement CSP L.5432-1 et un délit douanier.

La DHEA est-elle un designer steroid ?

Non — la DHEA (déhydroépiandrostérone) est un stéroïde endogène produit naturellement par les surrénales, précurseur métabolique de la testostérone et des œstrogènes. Elle a un statut réglementaire particulier : complément OTC aux USA, médicament sur ordonnance en France (indication : insuffisance surrénale démontrée, cas très spécifiques). Elle est surveillée par la WADA (elle apparaît sur la liste S1 comme précurseur de testostérone endogène) mais son usage à des fins anabolisantes est modestement efficace et facilement détectable par IRMS. Elle n'est pas un designer steroid au sens propre — elle existe naturellement dans le corps humain.

Les SARMs sont-ils considérés comme designer steroids ?

Pas techniquement, mais fonctionnellement oui. Techniquement, les SARMs ne sont pas des stéroïdes (structure non-stéroïdienne, chimiquement distincte). Fonctionnellement, ils partagent les caractéristiques essentielles des designer steroids : absence d'AMM, sécurité inconnue, développement clinique arrêté, usage dopant hors circuit médical, statut légal flou. La WADA a créé pour eux une catégorie S1.2 dédiée depuis 2008 — ils sont explicitement interdits. Notre article SARMs guide complet détaille cette catégorie.

Sources et références

  • Catlin DH, Sekera MH, Ahrens BD, Starcevic B, Chang YC, Hatton CK. Tetrahydrogestrinone: discovery, synthesis, and detection in urine. Rapid Communications in Mass Spectrometry, 2004 ; 18 : 1245–1249. Article fondateur — description scientifique de la découverte de la THG.

  • Death AK, McGrath KCY, Kazlauskas R, Handelsman DJ. Tetrahydrogestrinone (THG) is a potent androgen and progestin. Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2004 ; 89(5) : 2498–2500. Caractérisation pharmacologique. PubMed 15126583

  • Fainaru-Wada M, Williams L. Game of Shadows: Barry Bonds, BALCO, and the Steroids Scandal. Gotham Books, 2006. Récit journalistique de référence sur l'affaire BALCO.

  • Fourcroy J. Designer steroids: past, present and future. Current Opinion in Endocrinology, Diabetes & Obesity, 2006 ; 13 : 306–309.

  • Sekera MH, Ahrens BD, Chang YC, Starcevic B, Georgakopoulos C, Catlin DH. Another designer steroid: discovery, synthesis, and detection of "madol" in urine. Rapid Communications in Mass Spectrometry, 2005 ; 19 : 781–784. Découverte du DMT.

  • Rodchenkov G, et al. — travaux du laboratoire russe et affaire du dopage d'État — publications multiples 2015-2020, contexte historique du dopage systémique.

  • BSCG (Banned Substances Control Group). First Reporting Of A Designer Steroid, Norbolethone. Article de synthèse. bscg.org

  • WADA (World Anti-Doping Agency). Prohibited List — édition annuelle. Catégorie S1 (Anabolic Agents) : S1.1a (AAS), S1.1b (Other Anabolic Agents), S1.2 (SARMs). wada-ama.org

  • Anabolic Steroid Control Act of 2004 — United States, Public Law 108-358. Extension du contrôle aux prohormones.

  • Designer Anabolic Steroid Control Act of 2014 — Public Law 113-260. Fermeture des failles pour designer steroids.

  • Code du Sport français — L.232-9 (interdiction), L.232-26 (trafic). Legifrance.

  • AFLD (Agence Française de Lutte contre le Dopage) — position française, cadre disciplinaire, procédures. afld.fr


Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical ou juridique. L'usage de stéroïdes designer, prohormones, SARMs ou autres substances anabolisantes à des fins de performance sportive constitue une infraction au Code du sport français (articles L.232-9 et L.232-26) et un détournement de médicament (CSP L.5432-1). Les sanctions vont de la suspension sportive à vie à des peines d'emprisonnement et amendes. Au-delà du cadre légal, l'usage de designer steroids ou de "research chemicals" expose à des risques sanitaires majeurs — l'utilisateur devient de facto le sujet d'expérimentation de molécules sans données précliniques ni cliniques disponibles. Pour les considérations médicales générales, voir notre avis de non-responsabilité médicale complet. Les auteurs déclinent toute responsabilité pour les dommages à la santé résultant d'une utilisation inappropriée.

Produits Deca-Durabolin de DrTren
Tous les produits Deca-Durabolin →
Decamed 250 (Nandrolone Decanoate) 10ML [250MG/ML] Deus Medical
Stéroïdes injectables
Decamed 250 (Nandrolone Decanoate) 10ML [250MG/ML] Deus Medical
5,078,00 €
Nandrolone Decanoate 10ml (250mg/ml) Hilma Biocare
Stéroïdes injectables
Nandrolone Decanoate 10ml (250mg/ml) Hilma Biocare
5,085,00 €
Deca 200mg/ml 10ml Prime Pharma
Deca-Durabolin
Deca 200mg/ml 10ml Prime Pharma
75,00 €