Les stéroïdes anabolisants androgènes (SAA) sont des dérivés synthétiques de la testostérone qui se lient au récepteur des androgènes pour déclencher la synthèse protéique musculaire. À dose supraphysiologique (300–600 mg/semaine), la testostérone énanthate produit +5 à +9 kg de masse maigre en 10 semaines avec entraînement, selon l'étude de référence de Bhasin publiée dans le New England Journal of Medicine en 1996. Cette pharmacologie — affinité pour le récepteur, dissociation myotrophique/androgénique, cinétique des esters, hépatotoxicité des 17α-alkylés — détermine tout le reste : le choix du composé, le dosage, la fenêtre du cycle, la PCT.
Ce pilier couvre l'anatomie pharmacologique complète de la classe : liaison au récepteur des androgènes (RA), voies génomiques et non-génomiques, structure chimique et modifications (esters, 17α-alkylation, 19-nor, dérivés DHT), demi-vies, métabolisme hépatique, aromatisation et 5α-réduction, indications médicales autorisées par l'ANSM et cadre du dopage sportif fixé par le Code du sport. C'est la base à laquelle chaque fiche composé — Anavar, Dianabol, Trenbolone, Testostérone Énanthate — renvoie pour expliquer son mécanisme spécifique.
Qu'est-ce que la pharmacologie des stéroïdes anabolisants recouvre exactement ?
La pharmacologie des stéroïdes anabolisants androgènes couvre 4 grands blocs : la pharmacodynamie (comment la molécule se lie au récepteur des androgènes et déclenche la synthèse protéique), la pharmacocinétique (absorption, distribution, métabolisme, élimination), la structure chimique (modifications qui changent l'activité et la voie d'administration) et les interactions endocriniennes (suppression de l'axe HHG, aromatisation, 5α-réduction).
Les stéroïdes anabolisants androgènes (SAA) sont des androgènes synthétiques dérivés du noyau stéroïdien de la testostérone en modifiant sa structure carbonée à 19 atomes. La revue de référence "Pharmacology of anabolic steroids" d'Andrew Kicman publiée en 2008 dans le British Journal of Pharmacology décrit trois familles principales de modifications structurelles : celles qui prolongent l'action (estérification en position 17β-hydroxyle), celles qui rendent la molécule orale-active (alkylation en position 17α) et celles qui modifient le ratio anabolisant/androgénique (retrait du carbone 19, réduction des liaisons doubles). Chaque modification produit un composé au profil pharmacologique distinct.
La compréhension pharmacologique n'est pas académique — elle détermine des choix concrets. Un composé 17α-alkylé (Dianabol, Anavar, Winstrol oral) sera hépatotoxique parce que sa structure résiste au métabolisme de premier passage. Un ester à longue chaîne (undécanoate, énanthate, cypionate) permettra une injection espacée (7 à 21 jours) parce que sa libération dans le plasma est lente. Un dérivé de la DHT (Masteron, Anavar, Winstrol) n'aromatisera pas en œstrogènes parce que sa structure moléculaire empêche la fixation de l'aromatase. Ces mécanismes commandent la stratégie complète du cycle et de la PCT.
Comment agissent les stéroïdes anabolisants sur le muscle : le récepteur des androgènes
Les stéroïdes anabolisants agissent principalement en se liant au récepteur des androgènes (RA), un facteur de transcription intracellulaire présent dans les cellules musculaires, osseuses, prostatiques et hépatiques. Cette liaison active la transcription des gènes de la synthèse protéique musculaire — l'effet anabolisant central. Une voie génomique lente (heures à jours) et une voie non-génomique rapide (minutes) coexistent.
Le mécanisme génomique se déroule en 5 étapes séquentielles : (1) la molécule stéroïdienne, lipophile, traverse la membrane cellulaire par diffusion passive ; (2) elle se lie au RA cytoplasmique complexé aux protéines de choc thermique (HSP90) ; (3) le complexe hormone-récepteur subit un changement conformationnel qui libère les HSP ; (4) le RA activé migre dans le noyau et se dimérise ; (5) le dimère se fixe sur les éléments de réponse aux androgènes (ARE) de l'ADN et recrute la machinerie transcriptionnelle. Le résultat est la production accrue d'ARN messager codant pour les protéines contractiles (actine, myosine) et pour l'IGF-1 musculaire local.
L'affinité pour le RA varie considérablement entre composés — c'est le ratio anabolisant/androgénique, mesuré en laboratoire par des tests classiques sur le muscle releveur de l'anus et la prostate du rat. La testostérone sert de référence à 100:100. La nandrolone décanoate affiche un ratio de 125:37 (anabolisant élevé, androgénique bas), le stanozolol 320:30, l'oxandrolone 322:24. Ces ratios expliquent pourquoi certains composés sont préférés en sèche (peu d'effets androgéniques cutanés) ou chez la femme (moindre virilisation). La monographie de référence "Anabolic Steroids" du StatPearls Publishing (NCBI Bookshelf) rappelle que les SAA sont des dérivés synthétiques de la testostérone à double vocation médicale et détournée pour la performance.
Voie non-génomique — ce qui explique les effets rapides. À côté du mécanisme classique génomique, les androgènes activent aussi des voies de signalisation membranaires rapides (kinases MAPK, PI3K/Akt) qui modifient l'excitabilité neuromusculaire et l'humeur en quelques minutes. C'est cette voie qui explique la sensation immédiate d'énergie, d'agressivité et de force ressentie dès les premières semaines de cycle — bien avant que l'hypertrophie mesurable ne s'installe (semaines 3 à 6).
Le rôle de la SHBG dans la biodisponibilité androgénique
La globuline liant les hormones sexuelles (SHBG) est une protéine plasmatique produite par le foie qui lie environ 60 % de la testostérone circulante et la rend biologiquement inactive. Seule la fraction libre (2 % environ) plus la fraction liée à l'albumine peuvent traverser les membranes cellulaires et activer le RA. Un composé qui abaisse la SHBG augmente donc mécaniquement la testostérone libre disponible.
Les 17α-alkylés — notamment stanozolol et oxandrolone — sont de puissants inhibiteurs de la SHBG. Le stanozolol peut réduire la SHBG jusqu'à 50 % à des doses de 25–50 mg/jour. C'est pourquoi ces composés sont parfois "stackés" (combinés) avec de la testostérone à faible dose : l'effet synergique n'est pas additif mais multiplicatif, car la SHBG libérée par le stanozolol libère aussi la testostérone endogène et exogène. Ce mécanisme est central à la stratégie du cycle de Winstrol en phase de sèche.
Structure chimique et classes de stéroïdes anabolisants
La structure chimique des stéroïdes anabolisants repose sur le noyau stéroïdien à 4 cycles (3 hexagones + 1 pentagone, notés A, B, C, D) hérité du cholestérol. Toutes les molécules SAA dérivent de ce squelette de 19 carbones — celui de la testostérone. 4 modifications structurelles définissent 4 grandes familles pharmacologiques : estérification en 17β, alkylation en 17α, retrait du carbone 19 (série 19-nor) et réduction du cycle A (série DHT).
Esters en position 17β-hydroxyle. L'estérification greffe une chaîne d'acide gras sur l'hydroxyle en position 17β. Après injection intramusculaire, la molécule est lentement libérée du dépôt huileux puis clivée par les estérases plasmatiques pour libérer la testostérone active. Plus la chaîne est longue, plus l'ester est lipophile, plus la libération est lente : propionate (3 carbones, demi-vie 2 jours), énanthate (7 carbones, demi-vie 4,5 jours), cypionate (8 carbones, demi-vie 8 jours), décanoate (10 carbones, demi-vie 15 jours), undécanoate (11 carbones, demi-vie 20 jours en injection). L'ester ne modifie pas l'activité biologique de la molécule finale — seulement sa cinétique.
Alkylation en 17α (composés oraux). L'ajout d'un groupe méthyle en position 17α bloque le métabolisme hépatique de premier passage — sans cette modification, la testostérone orale serait détruite par le foie avant d'atteindre la circulation. Tous les composés oraux à activité anabolisante systémique portent cette modification : méthandiénone (Dianabol), oxandrolone (Anavar), stanozolol (Winstrol oral), oxymétholone (Anadrol), fluoxymestérone (Halotestin), méthastérone (Superdrol). Le prix biologique est double : hépatotoxicité (cholestase, augmentation des transaminases, adénomes hépatiques en usage prolongé) et impact lipidique marqué (baisse du HDL, hausse du LDL).
Série 19-nortestostérone. Le retrait du carbone 19 (méthyle en position 10) produit la nandrolone et ses dérivés. Cette modification abaisse l'affinité pour la 5α-réductase (moins d'effets androgéniques cutanés — moins d'acné, moins de calvitie) mais augmente l'affinité progestogénique du récepteur, ce qui explique le risque de gynécomastie "wet" et de baisse de libido typique du Deca-Durabolin et du trenbolone. Les composés de cette série sont : nandrolone décanoate (Deca), nandrolone phénylpropionate (NPP), trenbolone (acétate, énanthate, hexahydrobenzylcarbonate).
Dérivés de la DHT. La dihydrotestostérone (DHT) est le métabolite androgénique naturel de la testostérone, réduite en position 5α. Les composés de cette famille — drostanolone (Masteron), oxandrolone, stanozolol, mestérolone (Proviron), méténolone (Primobolan), fluoxymestérone (Halotestin) — dérivent de la DHT et n'aromatisent pas en œstrogènes (le noyau A saturé ne peut plus être aromatisé). D'où leur profil "sec" prisé en sèche : pas de rétention d'eau, pas de gynécomastie œstrogénique, forte affinité pour le RA musculaire. Le prix : possible perte de cheveux (activité androgénique cutanée conservée) et sécheresse articulaire.
Le tableau ci-dessous synthétise les 4 familles avec les composés commerciaux les plus courants sur le marché européen.
Classe pharmacologique Modification structurelle Voie Exemples Aromatisation Hépatotoxicité Esters de testostérone 17β-estérification Injection IM Propionate, Énanthate (Androtardyl), Cypionate, Undécanoate (Nebido), Sustanon 250 Oui (forte) Non 17α-alkylés Méthyle en 17α Orale Méthandiénone (Dianabol), Oxandrolone (Anavar), Stanozolol (Winstrol oral), Oxymétholone (Anadrol), Fluoxymestérone (Halotestin) Variable (Dbol oui, Anavar non) Oui (élevée) 19-nortestostérones Retrait C19 Injection IM Nandrolone Décanoate (Deca), NPP, Trenbolone Acétate, Trenbolone Énanthate Faible mais progestogène Non (Deca), Modérée (Tren) Dérivés DHT Réduction cycle A (5α) Orale + IM Drostanolone (Masteron), Oxandrolone, Stanozolol, Mestérolone (Proviron), Méténolone (Primobolan) Non Variable (Anavar/Winstrol oui — oraux ; Masteron non — IM)
Pharmacocinétique : demi-vies, esters et fréquences d'injection
La pharmacocinétique des stéroïdes anabolisants — absorption, distribution, métabolisme, élimination — est déterminée à 90 % par l'ester lorsque la molécule est injectable, et par l'alkylation 17α lorsqu'elle est orale. La demi-vie plasmatique commande directement la fréquence d'injection ou de prise, et donc la stabilité des taux sanguins.
Après injection intramusculaire, l'ester forme un dépôt huileux dans le muscle (souvent fessier, deltoïde ou vaste externe). Les estérases plasmatiques clivent progressivement la chaîne d'acide gras pour libérer la molécule active dans la circulation. Cette libération suit une cinétique de premier ordre : la vitesse de libération est proportionnelle à la quantité restante dans le dépôt. Le pic plasmatique survient 24 à 72 heures après l'injection, puis décline exponentiellement.
Voici les cinétiques pratiques des principaux esters de testostérone — commanderont la fréquence d'injection pour maintenir des taux stables :
Ester Demi-vie plasmatique Fréquence d'injection typique Pic plasmatique Usage Propionate 2 jours Tous les 2 jours 24–36 h Cycles courts, sèche Phénylpropionate 4,5 jours Tous les 3 jours 24–48 h NPP, cycles courts Énanthate 4,5 jours 2×/semaine 48–72 h Standard TRT + musculation Cypionate 8 jours 1×/semaine (ou 2×) 48–72 h Standard TRT USA Décanoate 15 jours 1×/semaine (Deca en bodybuilding) ou 1×/3 semaines (médical) 3–5 jours Deca-Durabolin Undécanoate 20 jours (IM) 1× toutes les 10–14 semaines (Nebido) 7 jours TRT ultra-longue
Les composés oraux 17α-alkylés ont des demi-vies très courtes (4–9 heures pour la plupart) et nécessitent une prise fractionnée dans la journée pour maintenir un plateau plasmatique. Oxandrolone : demi-vie 9 heures, prise 2×/jour. Méthandiénone : demi-vie 4,5–6 heures, prise 3×/jour idéalement. Stanozolol oral : demi-vie 9 heures. Oxymétholone : demi-vie 8–9 heures. Cette cinétique courte a un avantage — les taux redeviennent bas rapidement à l'arrêt, ce qui limite la fenêtre d'exposition hépatique et facilite la PCT (voir la PCT après cycle de stéroïdes).
Le volume de distribution des SAA est élevé (2 à 5 L/kg) à cause de leur forte lipophilie — ils se concentrent dans le tissu adipeux, ce qui peut prolonger l'excrétion urinaire au-delà de la demi-vie plasmatique et poser problème en contexte antidopage. C'est pourquoi l'AFLD utilise des fenêtres de détection de plusieurs mois pour certains composés (nandrolone détectable jusqu'à 12–18 mois après arrêt).
Métabolisme hépatique et hépatotoxicité des 17α-alkylés
L'hépatotoxicité des stéroïdes anabolisants est presque exclusivement associée aux composés 17α-alkylés — cette modification structurelle qui rend la molécule orale-active la rend aussi hépatotoxique. Les injectables non-alkylés (testostérone esters, nandrolone, trenbolone) traversent le foie sans dommage significatif. La distinction structure/toxicité est nette, quantifiable et cliniquement pertinente.
Le mécanisme lésionnel implique 3 processus documentés : (1) cholestase intrahépatique — la molécule alkylée interfère avec le transport des acides biliaires par les hépatocytes, provoquant une accumulation intracellulaire de bilirubine et une jaunisse dans les cas sévères ; (2) stress oxydatif hépatocytaire — augmentation des espèces réactives de l'oxygène et de la peroxydation lipidique, mesurables par la hausse des transaminases (ASAT, ALAT) au-delà de 3× la limite supérieure normale chez la majorité des utilisateurs de composés oraux à dose supraphysiologique ; (3) adénomes et péliose hépatique — en usage prolongé (>1 an sans interruption), formation de tumeurs bénignes vascularisées avec risque hémorragique. Ces mécanismes sont documentés composé par composé dans la base "Anabolic Steroid Toxicity" du StatPearls (NCBI).
Hiérarchie de toxicité — du plus au moins hépatotoxique :
Oxymétholone (Anadrol) : le plus toxique, hausse ALAT jusqu'à 10× la normale à 50–100 mg/jour, cas documentés de péliose et d'adénomes après 6 mois d'usage
Méthastérone (Superdrol) : très hépatotoxique, cas documentés d'insuffisance hépatique aiguë même à faible dose
Fluoxymestérone (Halotestin) : hépatotoxicité marquée à 20 mg/jour
Méthandiénone (Dianabol) : hépatotoxicité modérée à 30 mg/jour sur 6 semaines
Stanozolol (Winstrol oral) : hausse constante des transaminases à 50 mg/jour
Oxandrolone (Anavar) : hépatotoxicité la plus faible du groupe oral, mais existe (contrairement aux mythes de forum)
La surveillance biologique obligatoire pour tout cycle incluant un 17α-alkylé comporte un bilan hépatique complet (ASAT, ALAT, GGT, bilirubine totale et conjuguée, phosphatases alcalines) avant le cycle, à mi-cycle et 4 semaines après la fin. Les valeurs référentielles de sécurité restent débattues, mais la plupart des cliniciens conseillent d'arrêter tout composé oral si les transaminases dépassent 3× la limite supérieure normale. Une consultation avec un endocrinologue via la Société Française d'Endocrinologie (SFE) est indiquée en cas d'anomalie persistante.
Protecteurs hépatiques. Les données cliniques soutenant les hépatoprotecteurs (TUDCA — acide tauro-ursodésoxycholique, 250–500 mg/jour, silymarine — chardon-marie 400–800 mg/jour, NAC — N-acétylcystéine 600–1 200 mg/jour) sont limitées mais suggèrent un effet cholérétique et antioxydant potentiellement utile en usage adjuvant. La TUDCA a le meilleur niveau de preuve dans la cholestase induite par stéroïdes. Ces suppléments ne remplacent pas la surveillance biologique — ils la complètent.
Aromatisation, 5α-réduction et interactions endocriniennes
Les stéroïdes anabolisants subissent trois transformations métaboliques majeures qui modifient leur profil d'effets : aromatisation en œstrogènes (via l'enzyme aromatase), 5α-réduction en DHT (via l'enzyme 5α-réductase) et conjugaison hépatique pour l'élimination. Les deux premières commandent la majorité des effets secondaires œstrogéniques et androgéniques, et donc la stratégie d'ancillaires du cycle.
Aromatisation. L'aromatase (cytochrome P450 CYP19A1) convertit la testostérone en œstradiol et l'androstènedione en œstrone. Elle est exprimée principalement dans le tissu adipeux, le foie, le cerveau et les gonades. À dose supraphysiologique de testostérone (500–1 000 mg/semaine), l'œstradiol plasmatique peut monter à 200–400 pg/mL (contre 20–50 pg/mL en physiologie normale masculine), déclenchant rétention d'eau, gynécomastie, baisse de libido et prise de gras. Composés aromatisables : testostérone (tous esters), méthandiénone, boldenone. Composés non-aromatisables : tous les dérivés DHT (Anavar, Winstrol, Masteron, Primobolan), tous les 19-nor sauf faible aromatisation du nandrolone.
Les inhibiteurs de l'aromatase (IA) — anastrozole (Arimidex), létrozole (Femara), exémestane (Aromasine) — bloquent l'enzyme CYP19A1 et écrasent la production d'œstradiol. Doses typiques en usage on-cycle : anastrozole 0,25–0,5 mg tous les 2 jours, létrozole 1,25–2,5 mg 2×/semaine, exémestane 12,5–25 mg tous les 2 jours. Attention : l'objectif n'est jamais un œstradiol nul (les œstrogènes sont nécessaires à la libido, à la densité osseuse et au profil lipidique) — la fourchette cible est 20–40 pg/mL. Un œstradiol trop bas provoque douleurs articulaires, chute de libido, dépression et hausse du LDL. Voir la catégorie support pendant le cycle pour les protocoles détaillés.
5α-réduction. La 5α-réductase (isoformes I et II) convertit la testostérone en DHT, le métabolite androgénique le plus puissant. La DHT est responsable des effets cutanés (acné, séborrhée), de la calvitie androgénétique chez les prédisposés et de l'hypertrophie prostatique. Les composés déjà réduits (dérivés DHT) contournent partiellement cette enzyme mais restent des ligands puissants du RA cutané. Inhibiteurs de la 5α-réductase : finastéride 1 mg/jour (bloque l'isoforme II — prostate, cuir chevelu), dutastéride 0,5 mg/jour (bloque I et II — plus puissant, plus d'effets secondaires sexuels). Ces médicaments sont inefficaces contre les dérivés DHT (Masteron, Winstrol, Anavar) puisque la molécule n'a plus besoin d'être réduite.
Suppression de l'axe hypothalamo-hypophyso-gonadique (HHG). Toute administration exogène de stéroïdes anabolisants supprime la production endogène de testostérone par rétrocontrôle négatif sur l'hypothalamus (LHRH) et l'hypophyse (LH, FSH). Cette suppression est complète pour la LH et la FSH dès 2 semaines de cycle, quelle que soit la dose supraphysiologique. La récupération naturelle sans PCT prend 3 à 12 mois selon la durée du cycle et l'âge. C'est pourquoi une thérapie post-cycle (PCT) avec SERM (tamoxifène 20 mg/jour, clomifène 50 mg/jour) et parfois HCG (500–1 000 UI 2×/semaine) est obligatoire après tout cycle d'AAS pour restaurer l'HHG.
Ratio anabolisant/androgénique — la métrique clé
Le ratio anabolisant/androgénique (A:A) mesure la dissociation entre l'effet musculaire (anabolisant) et l'effet sur les tissus androgéno-dépendants (prostate, peau, cuir chevelu). La testostérone sert de référence 100:100. Un ratio élevé (>200:50) indique un composé favorable pour la femme ou pour le pratiquant cherchant à limiter les effets cutanés.
Ratios de référence des principaux composés (données Kicman 2008 et Llewellyn) :
Oxandrolone (Anavar) : 322:24 — ratio le plus favorable, standard chez la femme
Stanozolol (Winstrol) : 320:30
Nandrolone (Deca) : 125:37
Trenbolone : 500:500 — très fort dans les deux dimensions
Méthandiénone (Dianabol) : 210:60
Méténolone (Primobolan) : 88:44 — anabolisant modéré, très peu androgénique
Testostérone : 100:100 (référence)
Attention : ces ratios sont mesurés chez le rat sur des tests de laboratoire des années 1950–60 et ne se traduisent pas linéairement chez l'humain. Ils donnent une orientation qualitative, pas une prédiction quantitative des gains. Un ratio 322:24 ne signifie pas que l'Anavar est "3 fois plus anabolisant" que la testostérone dans le monde réel — l'Anavar est en fait moins anabolisant que la testostérone à dose équi-molaire, mais avec des effets androgéniques secondaires bien plus faibles.
Indications médicales autorisées en France
Les stéroïdes anabolisants ont des indications médicales strictement définies en France, réservées à des situations où la production endogène de testostérone est déficiente ou où la synthèse protéique doit être stimulée dans un contexte pathologique. Ces indications sont fixées par les autorisations de mise sur le marché (AMM) délivrées par l'ANSM et rappelées dans les fiches Vidal et sur la Base de Données Publique des Médicaments.
Testostérone (Androtardyl, Nebido, Testosterone Besins, Testogel, Pantestone, Testopatch) — indiquée dans le traitement substitutif de l'hypogonadisme masculin (déficit en testostérone objectivé par un dosage plasmatique répété <2,3 ng/mL avec signes cliniques compatibles : baisse de libido, dysfonction érectile, asthénie, perte musculaire, ostéopénie). L'Androtardyl (énanthate de testostérone 250 mg/mL) est classé en Liste I, prescription initiale réservée aux endocrinologues, urologues, gynécologues ou spécialistes en médecine et biologie de la reproduction-andrologie. Voir la fiche Vidal de l'Androtardyl et l'Item 124 de la SFE sur l'andropause.
Nandrolone décanoate — très rarement prescrite en France, autrefois indiquée dans l'anémie sévère et la cachexie associée au sida. Retrait progressif du marché français depuis 2000, disponibilité extrêmement limitée.
Oxandrolone (Anavar) — accès très limité en France, usage compassionnel pour cachexie sévère post-brûlures étendues (protocole ATU nominative). Non commercialisée en officine française standard.
Stanozolol (Winstrol) — historiquement indiqué dans l'angio-œdème héréditaire (déficit en inhibiteur C1) et l'anémie aplasique. Retiré du marché français, disponible dans quelques indications spécialisées via importation nominative.
Les recommandations 2021 de la SFE/SFMS/AIUS/AFU (Burté, Lejeune, Faix, Desvaux, Almont, Cuzin et al.), publiées dans Progrès en Urologie, encadrent la prise en charge du déficit en testostérone en France : diagnostic biologique répété, examen clinique et bilan des comorbidités, choix de la forme galénique adaptée au patient, surveillance biologique semestrielle (PSA, hématocrite, testostérone, œstradiol, bilan lipidique, bilan hépatique). Ces recommandations sont la référence pour toute discussion médicale sur la TRT (thérapie de remplacement de testostérone) en France.
Toute utilisation hors AMM — dopage sportif, développement musculaire chez le sujet sain, "cure" de bodybuilding — est explicitement interdite par l'article L.232-9 du Code du sport et l'usage hors prescription par l'article L.5121-8 du Code de la santé publique.
Effets démontrés sur la masse musculaire : les données cliniques
Les effets des stéroïdes anabolisants sur la masse musculaire et la force sont l'un des faits pharmacologiques les mieux documentés de la médecine du sport. Trois études randomisées de référence, conduites entre 1996 et 2003 par l'équipe de Shalender Bhasin (endocrinologue à Boston University School of Medicine et président de l'Endocrine Society), ont établi la relation dose-réponse.
L'étude Bhasin 1996 (NEJM) — 43 hommes normaux, 10 semaines, 600 mg/semaine de testostérone énanthate versus placebo, avec ou sans entraînement de force. Résultats mesurés par IRM et pesée hydrostatique. Les hommes ayant reçu testostérone plus musculation ont gagné en moyenne 6,1 kg de masse maigre et augmenté leur bench press de 22 kg, versus 1,9 kg et 9 kg avec musculation seule sans stéroïdes. Autrement dit, 600 mg/semaine de testostérone triple les gains musculaires obtenus par l'entraînement seul sur 10 semaines. Étude fondatrice, référence citée dans toute la littérature ultérieure — voir "The Effects of Supraphysiologic Doses of Testosterone on Muscle Size and Strength in Normal Men".
L'étude Bhasin 2001 (Am J Physiol Endocrinol Metab) — courbe dose-réponse à 5 doses (25, 50, 125, 300, 600 mg/semaine) sur 20 semaines chez 61 hommes eugonadiques avec suppression de la testostérone endogène par agoniste LHRH. Résultats : les gains de masse maigre et de volume musculaire sont linéairement proportionnels à la dose et à la testostérone plasmatique nadir (253, 306, 542, 1 345 et 2 370 ng/dL respectivement). La force maximale augmente de façon dose-dépendante mais la fatigabilité ne change pas. Référence : Testosterone dose-response relationships in healthy young men.
Ce que ces études disent en pratique :
La testostérone augmente la masse musculaire sans entraînement, mais l'effet est décuplé avec musculation
La relation dose-réponse est linéaire jusqu'à environ 600 mg/semaine — au-delà, la courbe s'aplatit (loi des rendements décroissants)
L'hypertrophie musculaire est due à une augmentation du nombre de myonoyaux par fibre et de l'aire de section transversale des fibres de type I et IIa
Les gains persistent partiellement 6 à 12 mois après arrêt grâce aux myonoyaux additionnels (le "muscle memory" a un substrat cellulaire prouvé)
Ces données concernent uniquement la testostérone. Les autres composés (nandrolone, méthandiénone, oxandrolone, stanozolol) n'ont pas été étudiés dans des essais randomisés d'ampleur équivalente chez l'homme sain — l'essentiel de la connaissance dose-réponse pour les autres AAS repose sur les monographies de William Llewellyn dans Anabolics (11e édition) et sur la littérature clinique fragmentaire (études d'usage médical, séries de cas, études de surveillance antidopage).
Effets indésirables systémiques : ce que la pharmacologie prédit
Les effets indésirables des stéroïdes anabolisants découlent directement de leur pharmacologie — chaque effet indésirable est prévisible à partir du profil du composé. Les principaux systèmes affectés sont : cardiovasculaire (le plus grave), endocrinien (le plus fréquent), hépatique (spécifique aux oraux 17α-alkylés), cutané et psycho-comportemental.
Système cardiovasculaire — effets prévisibles :
Baisse marquée du HDL (jusqu'à −40 % pour les 17α-alkylés) et hausse du LDL (+10 à +30 %) — modifie le rapport athérogène LDL/HDL
Hypertension artérielle liée à la rétention hydrosodée œstrogénique (composés aromatisants) et à l'augmentation de la viscosité sanguine (polyglobulie induite)
Hypertrophie ventriculaire gauche concentrique documentée par IRM cardiaque chez les utilisateurs chroniques (études Baggish 2017)
Fibrose myocardique et arythmies documentées avec le trenbolone (mécanisme suspecté : agonisme du récepteur des glucocorticoïdes)
Système endocrinien — inévitables :
Suppression HHG complète (LH et FSH indétectables dès semaine 2) — mécanisme obligatoire, indépendant de la dose au-delà d'un seuil bas
Atrophie testiculaire (perte de volume 30–50 %) et arrêt de la spermatogenèse
Baisse de libido et dysfonction érectile en fin de cycle et en pré-PCT (chute œstradiolique post-arrêt)
Retour à l'eugonadisme naturel : 3 à 12 mois avec PCT, 6 à 24 mois sans PCT — voir la récupération post-cycle
Système hépatique — spécifique aux 17α-alkylés : traité en détail dans la section précédente. Résumé : hausse des transaminases proportionnelle à la dose et à la durée, cholestase possible, adénomes en usage prolongé.
Effets cutanés (5α-réduction) : acné cystique du tronc, séborrhée, chute de cheveux androgénétique accélérée chez les prédisposés. Voir perte de cheveux et stéroïdes et stéroïdes et acné.
Effets psycho-comportementaux : irritabilité, agressivité augmentée ("roid rage" — surestimé mais réel), insomnie, symptômes anxio-dépressifs post-cycle. La référence "Anabolic Steroid Use Disorder" du StatPearls (NCBI) documente que le mésusage est motivé par la performance sportive, l'endurance et l'augmentation de la masse musculaire avec accumulation graisseuse minimale — ces motivations expliquent aussi la difficulté à obtenir l'arrêt sans accompagnement.
Cadre légal français : Code du sport et Code de la santé publique
En France, les stéroïdes anabolisants sont encadrés par deux textes législatifs principaux : le Code de la santé publique (statut de médicament sur prescription) et le Code du sport (interdiction du dopage). L'usage hors prescription à des fins de développement musculaire est doublement illégal.
Code de la santé publique — statut de médicament. Les SAA à AMM en France (testostérone sous ses différentes formes) sont classés en Liste I — substances vénéneuses à prescription obligatoire, article L.5121-8. La prescription initiale de l'Androtardyl et du Nebido est réservée aux spécialistes (endocrinologues, urologues, gynécologues, andrologues) selon la fiche Vidal. La détention hors ordonnance est passible de sanctions pénales.
Code du sport — interdiction du dopage. L'article L.232-9 du Code du sport interdit à tout sportif d'utiliser, de détenir sans motif médical justifié, ou de tenter d'utiliser des substances figurant sur la liste établie annuellement par décret (liste WADA transposée par l'AFLD). L'article L.232-10 réprime la production, la fabrication, l'importation, l'exportation, le transport, la détention ou l'acquisition aux fins d'usage par un sportif, la cession, l'offre ou l'administration à un sportif — sanctions pénales lourdes (jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende, doublées si en bande organisée).
Douanes françaises (DGDDI). Les stéroïdes anabolisants représentent environ 2/3 des saisies de produits dopants effectuées annuellement par les douanes, la testostérone et la méthandiénone constituant 50 à 70 % du volume. Les saisies portent principalement sur le fret postal express en provenance d'Europe de l'Est, d'Asie et du Moyen-Orient. La détention personnelle même en petite quantité peut être requalifiée en importation illicite selon les circonstances.
Belgique et Suisse — cadres différents. En Belgique, l'AFMPS (Agence fédérale des médicaments et des produits de santé) régule les médicaments, avec le décret antidopage de la Communauté française (ONAD-CFWB) pour le sport. En Suisse, Swissmedic régule les médicaments et la Loi fédérale sur l'encouragement du sport (LESp, articles 19–24) encadre le dopage — la Suisse ne pénalise pas l'usage personnel de la même façon que la France (accent sur le trafic plutôt que la détention personnelle). Pour les lecteurs francophones résidant en Belgique ou en Suisse romande, ces distinctions modifient significativement le cadre légal de la détention.
Pour l'ensemble du cadre légal français en profondeur, voir la page pilier dopage France : loi et cadre légal.
Questions Fréquentes (FAQ)
Quelle est la différence entre stéroïde anabolisant et corticostéroïde ?
Un stéroïde anabolisant est un dérivé synthétique de la testostérone qui stimule la synthèse protéique musculaire via le récepteur des androgènes. Un corticostéroïde (prednisone, cortisone, dexaméthasone) est un dérivé du cortisol qui a un effet catabolique sur le muscle et un effet anti-inflammatoire — deux familles pharmacologiquement opposées malgré le nom commun de "stéroïdes". La confusion vient du noyau stéroïdien à 4 cycles qu'elles partagent structurellement.
Pourquoi les composés oraux sont-ils plus toxiques pour le foie ?
Les composés oraux actifs (Dianabol, Anavar, Winstrol oral, Anadrol) portent tous une modification chimique appelée 17α-alkylation — un groupe méthyle ajouté au carbone 17 qui protège la molécule du métabolisme hépatique de premier passage. Cette même modification interfère avec le transport des acides biliaires et provoque cholestase, stress oxydatif hépatocytaire et, en usage prolongé, adénomes hépatiques. Les injectables non-alkylés (testostérone, nandrolone, trenbolone) n'ont pas ce profil hépatotoxique.
Le ratio anabolisant/androgénique prédit-il vraiment les gains ?
Non — pas de façon quantitative fiable chez l'humain. Les ratios anabolisants/androgéniques (Anavar 322:24, testostérone 100:100) sont mesurés chez le rat sur des tests classiques des années 1950–60 (croissance du muscle releveur de l'anus versus poids de la prostate). Ils donnent une orientation qualitative — un ratio élevé indique moins d'effets androgéniques cutanés — mais ne prédisent pas les gains humains en kg. L'Anavar, avec un ratio 322:24, produit en réalité moins de gains bruts que la testostérone à dose équi-molaire.
Quels stéroïdes anabolisants sont légalement disponibles en France ?
Trois composés testostérone sont commercialisés en France sous ordonnance : Androtardyl (énanthate de testostérone, injection IM), Nebido (undécanoate de testostérone, injection longue durée), Testosterone Besins 1000 mg (générique du Nebido depuis septembre 2024), Testogel/Tostran (gel transdermique) et Pantestone (undécanoate oral, disponibilité variable). La nandrolone et l'oxandrolone ne sont plus commercialisées en officine française. Toutes ces spécialités sont réservées au traitement de l'hypogonadisme masculin sur prescription initiale de spécialiste.
Comment expliquer que certains composés n'aromatisent pas ?
L'aromatisation est la conversion de la testostérone (ou d'un précurseur) en œstradiol par l'enzyme aromatase (CYP19A1). Cette enzyme reconnaît le noyau A du stéroïde dans sa forme insaturée. Les dérivés de la DHT (Anavar, Winstrol, Masteron, Primobolan, Proviron) ont un cycle A réduit (5α-réduit) — l'aromatase ne peut plus s'y fixer. Ces composés ne produisent donc pas d'œstradiol : pas de rétention d'eau, pas de gynécomastie œstrogénique. C'est leur avantage majeur en phase de sèche.
Combien de temps la testostérone reste-t-elle détectable après un cycle ?
La détection dépend du ratio T/E (testostérone/épitestostérone) et de l'ester utilisé. Pour la testostérone énanthate, détection urinaire par ratio T/E anormal : 4 à 8 semaines après la dernière injection. Pour la nandrolone décanoate, détection possible jusqu'à 12–18 mois grâce à la persistance du 19-norandrostérone dans les tissus. L'AFLD utilise le passeport biologique de l'athlète pour détecter les micro-doses qui passent sous les seuils absolus.
Pourquoi la PCT est-elle obligatoire même après un cycle court ?
Toute administration de stéroïdes anabolisants exogènes supprime la production endogène de testostérone par rétrocontrôle négatif sur l'hypothalamus et l'hypophyse. Cette suppression est complète dès la 2e semaine, indépendamment de la dose au-delà d'un seuil bas. Sans PCT (protocole tamoxifène + clomifène 4 à 6 semaines), la récupération naturelle prend 3 à 12 mois — période pendant laquelle le pratiquant perd la majorité des gains, souffre de baisse de libido, dépression et fatigue chronique. Voir la thérapie post-cycle pour les protocoles détaillés.
Sources et références
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SFE — Item 124 : Andropause et déficit androgénique lié à l'âge
Code du sport — Article L.232-9 (usage de substance interdite) et Article L.232-10 (détention, trafic)
Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) — liste des substances interdites, mise à jour annuelle
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical. Les stéroïdes anabolisants sont des médicaments soumis à prescription en France (liste I) et leur usage non médical, leur détention sans ordonnance et leur trafic sont punis par le Code de la santé publique (L. 5132-7 et suivants) et le Code du sport (L. 232-9 et suivants). Consultez toujours un médecin qualifié, un endocrinologue ou un spécialiste en médecine du sport avant d'utiliser des substances améliorant les performances. Les auteurs déclinent toute responsabilité pour les dommages à la santé résultant d'une utilisation inappropriée.
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